Exposition photographique « Différences » : Interview de Vincent Chalambert & Ryadh Sallem

À l’issue d’une année riche d’actions culturelles et sportives et les jeux olympiques et paralympiques obligent, l’exposition « Différences » verra ainsi le jour au collège Victor Hugo de Sarcelles, le 13 décembre prochain.

Dans la lignée des propos de Mathieu Thomas (Champion de para-badminton) tenues le 9 février au gymnase Saint-Exupéry : « La différence est une force » ; cette exposition itinérante ouvrira ainsi un espace de reconnaissance et de valorisation. Les présences de Vincent Chalambert et de Ryadh Sallem viennent enrichir la réflexion à travers leurs parcours.

Vincent Chalambert se passionne pour le théâtre depuis tout petit et joue dans plusieurs pièces et spectacles dans des ateliers à Eragny. Après le lycée, en 2017, il intègre le Théâtre du Cristal, compagnie et Pôle Art et Handicap. Il participe ainsi à de nombreuses pièces, comme le Cristal POP le Bal Poétique et Populaire, L’espace est silence, Les mains dans le nez ou la comédie des sensibles, Variations Singulières, Cabaret des frissons garantis, Fou d’ici, chamanes d’ailleurs et Le roi était à la bonne taille pour l’époque.

Parallèlement, Vincent apparaît furtivement dans le téléfilm Un homme Parfait et les séries Astrid & Raphaëlle et L’art du crime. Côté cinéma, on le voit aux côtés d’Ahmed Sylla, Jean-Pierre Darroussin et Camelia Jordana dans Chacun pour tous (2017).
En 2023, Vincent Chalambert obtient l’un des deux rôles principaux de la comédie La Marginale, avec Corinne Masiero. Vincent Chalambert est intervenu à Sarcelles à 3 reprises depuis 2020 avec Le cabaret des frissons garantis, la création d’un théâtre-forum portant sur l’accueil des enfants en situation de handicap dans les accueils de loisirs et Variations singulières.

Ryadh Sallem est né sans jambes ni mains : un handicap causé par le Thalidomide – médicament que sa mère a pris lorsqu’elle était enceinte de lui. Il a fait face, grâce à son tempérament volontaire et rebelle. Son besoin de canaliser son énergie l’a mené au handisport de haut niveau et à la création d’entreprises.

Athlète de haut niveau, Ryadh Sallem a participé 5 fois aux Jeux paralympiques dans plusieurs disciplines.  Il est l’un des athlètes de handisport les plus polyvalents de sa génération, tant en natation (record mondial en relais), qu’en basket-fauteuil (triple champion d’Europe) et rugby-fauteuil (double champion d’Europe depuis mai dernier). Il est membre du Comité Olympique Paris Ile de France 2024. Ryadh Sallem est également un militant associatif engagé, un acteur de l’Economie Sociale et Solidaire, un organisateur d’évènements culturels et un conférencier reconnu. Très récemment, Ryadh Sallem a découvert Sarcelles où il projette de déployer le programme d’Educap City porté par son association CAPSAAA.

Interview

Regards croisés : Vincent, Ryadh, vous êtes tous deux handicapés de naissance. A quel moment vous êtes vous réellement ressentis comme différents, confrontés aux obstacles sociaux et environnementaux ?

Vincent Chalambert : Très tôt, dès la crèche, j’ai dû subir les moqueries des autres enfants… Ça m’a suivi toute ma scolarité.

Ryadh Sallem : A l’adolescence. J’ai passé toute mon enfance à l’hôpital ou en centre de rééducation ; on y est évidemment préservé du regard des autres. A l’adolescence, par contre, l’inclusion en milieu ordinaire s’est très mal passée. Tout est plus compliqué à l’âge de séduction, lorsque l’on ne se retrouve pas dans les canons de beauté de l’époque.

Malgré tout, vous avez alors choisi d’être heureux…

Vincent Chalambert : A 20 ans, Emilie Ivandekics, (Présidente de la Maison Départementale des Personnes Handicapées, ndr), m’a mis en relation avec l’ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail, ndr) La Montagne de Cormeilles-en-Parisis et Olivier (Olivier Couder, Directeur artistique du Théâtre du Cristal, ndr). C’est là que tout à vraiment commencé.

Ryadh Sallem : Les éducateurs manquaient de moyens. Ni téléviseur, ni connexion internet… nous n’avions « que » le sport et la culture comme échappatoires. A l’époque, le handicap était encore tenu à l’écart, un univers totalement clos, comme l’église ou l’armée, la grande muette… Loin des yeux, loin du cœur. On parquait les gens et le monde médical allait s’occuper d’eux.. ! C’est la raison pour laquelle le handicap n’est toujours pas complètement assimilé dans nos sociétés. Etre heureux a alors effectivement relevé d’un véritable choix. Ensuite, en cours de route, j’ai rencontré des personnes qui ont cru en moi, y compris quand il m’est arrivé de ne plus y croire moi-même. Aujourd’hui, les choses commencent à bouger, la société civile se mobilise, les familles s’emparent du sujet, des associations se créent… Mais, si l’on regarde les objectifs posés par la loi de 2005, notamment en matière d’accessibilité, on est encore bien loin du compte. Et on ne peut pas exiger absolument de toutes les personnes handicapées qu’elles aient une nature de combattant.

A l’évidence, vos parcours sont jalonnés de très nombreuses réussites, particulièrement en cette année 2023. Vous êtes vous fixé de nouveaux objectifs ? Avez-vous encore des rêves ?

Vincent Chalambert : Avant tout, être plus épanoui, plus heureux. Cela passe par l’indépendance. Il faut que j’aie un avenir, mes parents ne sont plus tout jeunes… Je vais suivre un stage dans un foyer d’hébergement à Taverny. Ensuite, il faudra trouver un SAVS (Service d’Accompagnement à la Vie Sociale, ndr) et un logement. Sinon, avec Bernard Campan, Mélanie Doutey et Lionnel Astier, je suis au casting de La belle étincelle, téléfilm qui sera présenté en compétition unitaire au Festival de la Fiction La Rochelle (du 12 au 17 septembre 2023, ndr). Le tournage de Malo fait du vélo, dernier court métrage de Yannick Muller (scénariste sur la saison 2 des Rivières pourpres en 2018, ndr) va aussi bientôt démarrer.

Ryadh Sallem : Je veux gagner la médaille d’or aux jeux. C’est la seule que je n’ai pas.

Si, dès demain, la technologie permettait d’annuler vos handicaps, saisiriez-vous cette opportunité ?

Vincent Chalambert : Non, ma singularité est précieuse.

Ryadh Sallem : J’ai mis des années à m’accepter tel que je suis… Mais, à l’évidence, oui ! Si j’avais l’assurance de ne pas souffrir, de ne pas passer ma vie en séances de rééducation,
ou d’être obligé de prendre des médicaments avec des effets secondaires, je n’hésiterais pas une seconde. Enfin, il faut dire la vérité, le handicap reste une véritable saloperie. Ce n’est pas le handicap qui est une force, c’est toi qui dois choisir d’être plus fort que le handicap. Sans handicap, j’aurais pu être une star en NBA, Tony Parker, qui sait… !? (avant le rugby, Ryadh a été 18 ans en Équipe de France de basket fauteuil avec 3 participations au Jeux paralympiques, Atlanta 1996, Sydney 2000, Athènes 2004 et 3 titres de champion d’Europe, ndr).

Quelle est, aujourd’hui, votre représentation de Sarcelles ? Auriez-vous un message pour ses jeunes en situation de handicap ou non ?

Vincent Chalambert : J’ai surtout été marqué par la création et la présentation du théâtre-forum avec les enfants des Accueils de Loisirs de Sarcelles… L’enfance, c’est l’innocence. On doit leur expliquer, changer l’image du handicap pour marquer une évolution et qu’ils ne reproduisent pas ce que j’ai subi étant enfant. Un message : Croire en ses rêves et se battre !

Ryadh Sallem : En arrivant sur terre, tu hurles ! La vie va être douloureuse ; elle t’annonce déjà la couleur. Après, c’est un combat. Si tu ne le mènes pas, c’est perdu d’avance ; comme au loto, 100% des gagnants ont participé. Je découvre tout juste Sarcelles mais le message est universel : fais de cette grosse merde qu’est le handicap le meilleur des terreaux, ensuite tu obtiendras de jolis fruits et, pour filer la métaphore, une vie plus sucrée.